En luttant, En écrivant ...

     

mardi 08 novembre 2005

L’expiation

Ca brûlait.
La banlieue enfumée n’était pas à la fête,
Pour la première fois Sarko baissait la tête.
Il était arrivé pour causer crânement
Il laisse maintenant Aulnay- sous -Bois fumant
Ca brûlait. Les jeunes des banlieues fondaient en avalanches
Face à des CRS suppléant les Pervenches
Ne reconnaissant plus ni valeurs ni drapeau
Ni cette République aujourd’hui en lambeaux.
On ne distinguait plus de la ville le centre.
Ca brûlait. Tout avait la couleur de la cendre.
Pour de vaines promesses tant de fois répétées
Des jeunes désabusés les plombs avaient pété.
Par dizaines et centaines, ils s’en prennent à l’ordre,
Celui qui les condamne et les contraint à mordre,
Celui qui maintes fois a promis, rien tenu
Qui fait que dans la vie ils se retrouvent nus.
La violence n’est plus désormais simulacre.
Ca brûlait, ça brûlait toujours. La fumée acre,
Celle des incendies mêlée aux lacrymos,
Celle qui prend les armes et ignore les mots.
Ce n’était plus les cœurs vivants des enfants des cités,
C’étaient des cœurs brisés par l’inégalité,
Brisés de désespoir, d’exclusion, de misère,
Celle que l’on hérite de son père ou sa mère.
Etrangers dans la vie et étrangers partout,
On prend vite conscience et c’est ce qui rend fou,
Folie de destruction des autos, des symboles,
Allant même jusqu’à détruire les écoles.
Cela dura des jours d’angoisse et de colère.
Les limites franchies, il n’y a plus de repères.
Quant aux politiciens, ils se mordaient les doigts
Eux qui n’avaient jamais levé le petit doigt.
Obsédés du pouvoir, leurs petites affaires
Les tenaient à l’écart des cités mortifères;
La tenue de la Bourse et du taux de croissance
Est pour tous ces gens-là majuscule importance.
Banlieues abandonnées, tous ces jeunes en galère
N’attendaient plus rien d’eux, désillusion amère.
Tous les appels au calme se perdaient dans le bruit
Que faisait l’incendie qui éclairait la nuit.
Les médias attentifs, obsédés par l’audience
Diffusaient sans arrêt toute cette violence
Au point qu’à l’étranger, en regardant l’écran,
Tout le monde criait:« la France perd son sang»
Mais, révolte éphémère, l’ordre reprend ses droits.
On donne quelques sous et tout le monde y croit.
Riche et pauvre à leur place dans notre société
Passons à autre chose, il ne s’est rien passé.

Victor Hugo actualisé et matraqué par la Belette et Jean Feix.

lundi 29 mars 2004

LA CONSCIENCE… «apolitique»

Lorsque se retrouvant affalé sur ses fesses
Enchevêtré, lié par ses vaines promesses,
Chirac se fut enfui de devant Sarkosy
Il se trouva soudain atrocement saisi
Au bas de l’escalier, de l’Hotel Matignon
Son chef de cabinet qui tenait son veston
«Réveilles-toi Jacquot, les élections approchent»
Celui-ci assommé, les yeux bordés de poches,
Dirigea son regard vers le sommet des toits,
Et aperçu un œil tel celui d’un putois,
Qui semblait le fixer dans l’ombre, méchamment.
«C’est encore Sarko» hurla-t-il tout tremblant
Il manda son valet, ravala sa nausée
Et se remit en route, direction l’Elysée.
Il traversa des ponts, sillonna maintes places
Se montrait excité, ne tenait plus en place
Il courut trente jours, il courut trente nuits
Se retournant, hagard, guettant le moindre bruit
Et s’effondra soudain tel un arbre abattu.
«Arrêtons nous, dit-il, car Sarko n’y est plus.
Restons là car ici jamais il ne viendra».
Et comme il haletait, s’épongeant de son bras
Il vit l’œil de Sarko qui le fixait fripon
De peur il se lâcha dedans son pantalon
«Barrons nous» cria-t-il mes attributs flageollent,
Les ministres atterrés regardaient leur idole.
Puis, se ressaisissant, il prit l’initiative
D’éradiquer sa peur, ses pensées vomitives.
«Montez rapidement, pour moi, un grand studio,
Appelez la télé, les médias, la radio»
Quand ils furent tous là, fin prêts, pour l’écouter,
«Vous revoyez Sarko?» dirent-ils angoissés
Il se racla la gorge et d’une voix sonore
A ses gens stupéfaits: «Je vois Sarko encore!».
Il y eut un recul et puis la débandade
«Maman» fut piétinée en pleine bousculade
On le plongea en Seine pour mieux le protéger
Et il resta ainsi plusieurs heures immergé.
Il dit enfin «Sarko, j’ai toujours son image.»
Et Raffa déclara «Il faut faire un barrage,
Quelque chose d’immense et qui l’isolera
Batissons une tour où on l’y logera
Ou une pyramide comme les Pharaons».
Et le sombre Raffa avec ses tacherons,
Se mirent à concevoir un projet gigantesque,
Quelque chose d’unique, avec même une fresque.
On rassembla le peuple, de très nombreux manants
Et l’on creva les yeux de tous les habitants.
La classe politique fut même décimée
La moindre initiative déclarée périmée.
On alla consulter même de vieux grimoires
Qu’on trouva par hasard dans le fond des armoires.
Le programme naquit enfin un beau matin
Qui proclamait en tête «C’est Chirac, sinon rien».
On présenta l’ouvrage aux médias convoqués,
Il y eu commentaires émis par des laquais,
Et puis tous retournèrent vers le seigneur des lieux,
Pour savoir cette fois si c’était un peu mieux.
«L’œil a-t-il disparu?» interrogea Raffa
Et Chirac répondit «Sarko est toujours là»
Alors il murmura «je suis malade, usé,
Après avoir régné dans mon glorieux passé
Je veux de cette ville ne regretter plus rien».
On ouvrit les égouts et Chirac dit «C’est bien!»
Puis seul il descendit, seul avec sa détresse,
Et quand il fut assis dans cette nuit épaisse,
Et qu’il eut déposé ses illusions en vrac,
L’œil était dans l’égout et regardait Chirac.

Victor HUGO/La Belette

Patrick Mignard enseigne l’économie à l’I.U.T. de Toulouse (Université Toulouse III). Il est également chercheur au LERASS (Laboratoire d’Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales).

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